Le rideau se lève sur un duo d'enfer, celui de deux hyperféminités qui, le temps d'un dîner, vont se mesurer l'une à l'autre. L'amour, les hommes, le regard des autres... Conversation.
Deux femmes, deux styles. L'une, si blonde, si belle, si mince, virevoltante, un nuage de soie sur les hanches, une tasse de verveine à la main. L'autre, si brune, si belle, si mince, des stilettos Louboutin, une envie de cocktail. Un p'tit je ne sais quoi de... oui, serein. Dita, reine du burlesque, ambassadrice de Cointreau et impératrice du striptease, voulait passer une soirée en tête-à-tête avec Arielle, à Paris. Le choc de deux rivales? Pensez-vous... Girls want to have fun, et c'est tout.
Gala : Dita, qui est Arielle, d'après vous ?
Dita Von Teese : Une femme qui a tout, la beauté, l'esprit, cette générosité sans laquelle la beauté n'est rien. Et surtout, une femme qui apprécie les autres femmes. Je peux vous le dire, j'en rencontre tant qui ne m'aiment pas.
Arielle Dombasle : Quand j'étais enfant, je vivais dans l'admiration de modèles féminins. Telle femme me fascinait par sa voix, telle autre par son élégance, par sa manière de se déplacer, son intelligence. Si aujourd'hui j'admire Dita, c'est pour sa liberté, pour cette image parfaite, saisissante, qu'elle a su créer d'elle-même. Comme si elle était... une ½uvre d'art.
D. v. T. : Alors que pendant longtemps, je me suis vue comme... comme un vilain petit canard. Je n'étais pas l'une de ces enfants adorables devant lesquelles tout le monde s'extasie, non, pas du tout. Le glamour est quelque chose que je crée, mais que je n'ai pas naturellement.
A. D. : Les gens de ma famille étaient tous extrêmement élégants et brillants, et moi j'étais la moins élégante de tous. Ma mère, ma grand-mère étaient le raffinement personnifié. Il m'a fallu beaucoup de temps avant d'accepter le fait que je n'étais pas aussi extraordinaire qu'elles.
D. v. T. : On me dit parfois que je suis belle, il y a aussi des gens à qui je ne plais pas, mais ça ne me dérange pas. J'ai l'habitude d'être jugée selon ces critères-là. Et je sais que là, dehors, il y a quelqu'un qui compte pour moi et qui me trouve désirable.
Gala : Dans l'intimité, Dita enlève ses gants, ses guêpières, ses bas et redevient Heather Sweet ?
D. v. T. : J'ai connus beaucoup d'hommes que je sentais embarrassés d'être avec moi, à cause de mes tenues extravagantes, de mon maquillage. Je sais que ne serais d'aucune utilité à mon boyfriend si je n'étais pas en accord avec moi-même, or sans ces vêtements, ces fards, il m'est impossible de me sentir sexy. Du coup, maintenant, avant de sortir avec quelqu'un, je teste, je m'habille de la manière la plus extravagante possible. L'homme qui me veut doit m'accepter pour ce que je suis, même si mes tenues sont ridicules ou mon maquillage too much.
A. D. : Celui dont je partage la vie m'aime exactement telle que je suis, sa vision de moi est très... très précise. Voilà pourquoi je ne change rien. Il y a des moments où j'en ai assez, où je voudrais pouvoir me couper les cheveux, avoir un look rock n'roll, devenir quelqu'un de complètement différent. Ça m'amuserait beaucoup, je crois, mais lui, je sais qu'il ne trouverait pas cela drôle du tout.
D. v. T. : Ado, j'étais la blonde de la campagne, la fille passe-partout, je ne me sentais pas belle telle que j'étais et j'ai rapidement cherché à me réinventer. La première fois que j'ai teint mes cheveux en noir, j'avais 21 ans. J'avais alors une relation sérieuse avec un homme qui était fou de moi. Et lorsqu'il m'a vue en brune, il a tout de suite détesté, il s'est même mis à pleurer. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que les girlfriends qu'il a eues ensuite ont toutes essayé de me ressembler d'une manière ou d'une autre. Beaucoup d'hommes que j'ai connus ont, un jour, essayé de transformer leurs autres petites amies en Dita bis.
A. D. : Toutes les femmes essaient de percer le secret du regard de l'autre, de s'adapter à ce que l'autre attend d'elles. Sans trop savoir comment s'y prendre. Moi, j'assume parfaitement de vivre sous le regard de l'homme que j'aime. D'être presque... envoûtée.